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Semaines 15 et 16

Bonne fête Justine !
On a commencé la semaine avec un grand événement : l’anniversaire de Justine ! Mais avant de sortir les bougies, il fallait d’abord… travailler. Pas de chance. Heureusement, la journée s’est révélée assez tranquille, les villageois·es n’étaient pas là, occupé·es à récolter le caoutchouc, et la plupart des travailleurs continuaient d’installer le faux plafond de l’école. De notre côté, on s’est attaqué·es à un autre projet : couper du bambou pour fabriquer la clôture du jardin éducatif. Beaucoup de bambou.
À l’heure du dîner, Ken et François, les représentants de notre partenaire SKL, sont venus nous rendre visite. Ils étaient très contents de l’avancement du projet. On a discuté avec eux des mesures à mettre en place pour assurer l’entretien et la durabilité de l’école et des autres bâtiments. Puis, Lucas et Amine ont eu une rencontre importante avec tous les dirigeants du village ainsi que le moine pour parler de ce plan de maintenance.
Le soir venu, place à la fête ! On a enfin pu célébrer l’anniversaire de Justine comme il se doit : feu de camp, bougies, pain du campeur (son dessert préféré), brownie trouvé à Pak Lay que Jeanne avait soigneusement cachés pour éviter qu’il disparaisse mystérieusement et, évidemment, du sirop d’érable que Julien gardait précieusement. Justine a même reçu quelques cadeaux, dont une sublime coque de téléphone LABUBU (une blague dans l’équipe qui va beaucoup trop loin). Une soirée parfaite, pleine de rires, de cadeaux, et probablement trop de pain du campeur. Le genre de moment qui recharge tout le monde avant d’attaquer les deux dernières semaines du projet.

Un peu partout à la fois
Mardi, c’était le 50e anniversaire du Laos, la fête nationale partout au pays, surtout à la capitale. Malgré cette journée importante, les villageois·es sont quand même venu·es nous prêter main-forte pour les bureaux des élèves et peinturer la clôture avec Jeanne, Justine et Amine. Ils et elles ont aussi installé le faux plafond avec Julien et Louis pour le bureau des professeurs. Puis, le lendemain, c’était l’heure de la deuxième couche ! Il y a aussi la compagnie de forage que nous avions engagée quelques semaines plus tôt qui est arrivée à Don Phoung pour réaliser deux forages. On les attendait avec impatience, ils devaient intervenir près du centre communautaire et du temple afin de fournir une source d’eau au cœur du village. C’était un besoin essentiel pour le chef du village, et on avait très hâte de voir le projet se concrétiser.


Jeudi, les gens du village sont revenus pour terminer officiellement la clôture. Nous avons posé le grillage et complété quelques finitions. En fin d’après-midi, Lucas, Amine, Jeanne et Justine sont parti·es à Pak Lay pour une dernière fois pendant que Louis et Julien gardaient le fort à Don Phoung.


Notre dernière pleine lune
Vendredi étant notre journée de congé, on en a profité pour se reposer et faire un tour dans les magasins afin d’acheter du matériel scolaire pour les jeunes. Nous souhaitons offrir des ensembles individuels pour tous·tes les élèves de Don Phoung. Chaque trousse contiendra un étui à crayon bien rempli, une gourde réutilisable, quelques cahiers scolaires ainsi qu’une brosse à dents et de la pâte à dents. Il était important pour nous que chaque élève puisse commencer l’école avec les outils nécessaires.
Amine, grand amateur de Noël, n’a pas pu résister à l’envie d’acheter un petit sapin, même si on n’était qu’à deux semaines de la fin du projet. À Don Phoung, on ne célèbre pas vraiment Noël, mais nos cuisinières et le chef du village l’ont tout de suite adopté. Ils s’obstinaient même pour savoir qui pourra garder le sapin après notre départ. Comme quoi, un sapin peut très bien s’harmoniser avec un décor de bambou.


Les 7e et 8e membres du PRÉCI
Les jours suivants ont été particulièrement motivants, parce qu’on a enfin commencé à peinturer l’école. Pendant cette étape, notre contremaître a donné des ateliers au comité qui sera responsable de l’entretien de l’école. L’objectif était qu’il apprenne les bonnes techniques afin de pouvoir réaliser lui-même les travaux quand ce sera nécessaire. On a aussi construit les supports pour les réservoirs d’eau qui récupéreront l’eau des gouttières et coulé les dalles pour les bureaux et pour l’incinérateur.
On ne va pas vous mentir, il y avait un petit stress dans l’air. À une semaine de la fin, il restait encore beaucoup de choses à faire et on savait que les finitions allaient prendre beaucoup de temps. On a donc dû redoubler d’effort, travailler un peu plus tard le soir et prendre de plus courtes pauses le midi. C’était des grosses journées, mais on était confiant·es qu’on allait terminer à temps.


Une chance, notre équipe de travailleurs nous ont énormément appuyé·es là-dedans. Nous voulons d’ailleurs profiter de ce dernier blogue pour vous présenter comme il se doit nos contremaîtres, sans qui le projet n’aurait pas été réalisable : Saisana et In Peng, un duo d’enfer qui se complète extrêmement bien. D’abord, In Peng, qui nous a gentiment demandé de l’appeler « Chief In Peng » la première semaine sur le chantier. C’est la partenaire de finance de Julien et la personne qui nous a permis de créer autant de liens avec les villageois·es. Toujours avec le sourire et beaucoup trop d’énergie, on va s’ennuyer de son rire contagieux. Et puis, Saisana, une force tranquille et probablement l’homme le plus débrouillard qu’on a rencontré. Il a énormément de connaissances pratiques en construction et beaucoup d’expérience de terrain. Moins expressif que sa femme, mais tout aussi attachant. Les deux ensemble représentaient réellement nos parents laotiens pour les quatre derniers mois.


On voit en grand
Lundi et mardi, on a travaillé sur deux nouveaux projets (oui, on a vu grand dans notre quantité de « side quests »). Le premier consistait à construire un jardin éducatif en arrière de l’école, un projet que Jeanne s’est approprié avec enthousiasme. Amine, étant le responsable construction de l’ensemble des projets secondaires, ne s’en est pas plaint du tout. Pour une fois, ce n’était pas son nom qui était crié à travers le chantier par des dizaines de villageois·es. De toute façon, il était occupé à travailler sur le deuxième projet : un terrassement sur tout le site de l’école avec un système de drainage afin d’éviter que l’eau s’accumule durant la saison des pluies. Un chantier exigeant qui nous a tenu·es occupé·es jusqu’à la dernière journée.


Souper chez Tonton
Mardi soir, nous avons été invité·es chez l’assistant du chef du village, Bun Kham, que nous aimons affectueusement appeler « tonton », parce qu’il est vraiment comme un oncle pour nous : toujours souriant et toujours prêt à faire des blagues. La journée s’est terminée par un « Baci », une cérémonie laotienne qui apporte bonne fortune et de bons souhaits pour la suite de la vie. Nous étions placé·es en cercle, tous·tes relié·es par un fil, face à un plateau d’offrandes, pendant que l’officiant récitait des chants. Les personnes trop loin pour entrer dans le cercle se plaçaient derrière nous et nous touchaient afin d’être elles aussi liées à la cérémonie.
Lucas n’était pas au courant de cette coutume et, en plein moment solennel, il pensait que Pon, l’un de nos travailleurs, lui faisait une blague en posant sa main dans son dos. Résultat : Lucas lui enlevait la main… Pon la remettait… Lucas l’enlevait encore. Un vrai petit jeu silencieux, pendant que Pon tentait désespérément de rester sérieux et respectueux. Lucas a donc appris, en direct, qu’au Baci, on ne repousse ni les esprits… ni les travailleurs.


En collaboration avec TerraClear
Le lendemain a été une journée bien remplie. Nous avons eu la chance d’accueillir l’organisme laotien TerraClear, qui fabrique des filtres à eau en céramique et qui a pour mission d’offrir un accès à l’eau potable aux villages ruraux du Laos. Nous avons offert un total de dix filtres : six pour l’école, deux pour le temple et deux pour le centre communautaire. Ces derniers sont faciles d’entretien et permettront à l’école de ne plus avoir à dépenser d’argent pour acheter de l’eau potable.
Le début de la journée a été entièrement consacré aux enfants : jeux, ateliers et discussions pour leur apprendre l’importance de boire de l’eau potable et de se laver les mains correctement. Il y a aussi eu des spectacles de marionnettes et des danses auxquelles Jeanne et Justine ont été fortement encouragées à participer. On voyait qu’elles n’étaient pas très à l’aise… mais elles se sont prêtées au jeu et tout le monde a bien ri. Les sourires et les éclats de rire des enfants étaient contagieux et on était très heureux·ses d’avoir pu leur offrir ce moment. Pour finir, un atelier a été offert aux enseignantes et aux responsables du village pour leur montrer comment entretenir et nettoyer les filtres.


Les jours suivants, on a continué le terrassement et la rénovation des bureaux de professeur·es. De son côté, Lucas supervisait la construction de l’incinérateur. Une dizaine de travailleur·ses du village ont donné tout leur temps dans ce projet pour lui permettre de prendre forme en seulement quelques jours.


Un beau contraste
Vendredi soir, on croyait qu’on était invité·es à souper chez notre cuisinière à Pak Lay, avec tous les autres travailleurs. Mais rendu·es sur les lieux, on s’est vite rendu compte qu’on était finalement invité·es à la réception de mariage de la petite sœur de Kay. On était un peu gêné·es avec nos Crocs et nos cotons ouatés, à prendre des photos avec les marié·es beaucoup trop bien habillé·es à côté de nous. Comme quoi la communication restera un de nos plus grands défis jusqu’à la fin, mais on soupçonne que tout le monde trouvait ça très drôle de garder la surprise. C’était une belle soirée, beaucoup de danse et de karaoké.


Le sprint final !

Les deux derniers jours de travail ont permis de finaliser tous les projets et les finitions de l’école. On était très content·es de finalement terminer le terrassement, qui a demandé beaucoup de temps, de gestion … et de gravier. Jeanne et Louis se sont lancé·es sur la peinture de la fresque avec l’aide de Justine qui faisait de son mieux pour ne pas nuire. Malgré ses efforts, elle a réalisé qu’elle était mieux de laisser sa place à des personnes qui ne dépassaient pas des lignes. Chacun·e son talent!
On a aussi passé un bon moment à faire le ménage du chantier et à s’assurer que tout soit prêt pour l’inauguration. Beaucoup de villageois·es étaient présent·es pour nous aider et terminer le travail jusqu’à la fin.

Quand vient le moment de partir
La grande journée est enfin arrivée ! Tous les dirigeants du district et du village étaient présents, ainsi que tous les enfants et de nombreux habitant·es. L’ambiance était à la fois festive et solennelle. La cérémonie a commencé avec des discours. Lucas, avec l’aide de notre partenaire SKL, a pris la parole et a livré un beau discours, et Julien a même tenté d’en faire un en laotien… un vrai succès !



Après les prises de parole, nous avons participé au Baci, une cérémonie avec laquelle nous sommes maintenant familier·ère. C’était un moment émouvant, rempli de respect et de symbolisme, où chacun se sentait relié aux autres. Voir les sourires des enfants, l’attention des villageois et l’énergie positive qui régnait autour de nous a rendu cette journée vraiment inoubliable.


Ensuite, nous avons partagé un grand repas avec tous les gens du village. Nous avons offert des chandails de notre projet à nos cuisinières et à In Peng, qui étaient très émues et les ont immédiatement enfilés pour la cérémonie. Julien a donné sa guitare à Pon; Amine, son toutou à Nam; Louis, son canif à Saisana. Nous avons aussi distribué les trousses aux élèves, et les dernières ont été offertes aux travailleurs ayant des enfants pour les remercier de leur aide tout au long du projet.


La journée s’est terminée en dansant et en chantant du karaoké pour une dernière fois. Puis est arrivé le moment de dire officiellement au revoir à Don Phoung. Les six, on est monté·es dans la boîte du pick-up et on a lentement quitté le site de l’école, entouré·es de villageois qui nous faisaient leurs adieux une dernière fois. Ce terrain, sur lequel nous avions vécu pendant quatre mois, avec les mêmes personnes qui venaient nous aider jour après jour, nous était devenu tellement familier. Chaque villageois·e, chaque enfant… on les connaissait tous·tes. On se sentait vraiment inclu·es dans ce village. C’était un adieu intense, une fin de projet tout aussi intense, pleine de souvenirs et d’émotions que nous n’oublierons jamais.

Après avoir achevé la construction de l’école, les latrines, le château d’eau, le jardin éducatif, la clôture, le terrassement, les forages, les réservoirs d’eau, la rénovation des bureaux, la distribution de filtres à eau, l’incinérateur et les terrains de sport, nous étions tous·tes très fier·ères du travail accompli. Chaque projet, petit ou grand, représentait des semaines d’efforts, de collaboration et de créativité. Voir l’école prendre vie, les enfants découvrir le terrain, et le village bénéficier de nouvelles infrastructures nous a rempli·es de satisfaction. Ce n’était pas seulement des bâtiments et des installations, mais des moments partagés, des rires et des souvenirs que nous avons construits avec les habitant·es. On se sentait vraiment partie prenante de ce village, inclu·es et apprécié·es. Après ces quatre mois, l’émotion était immense ; quitter Don Phoung, entouré·es des sourires des enfants et des remerciements des villageois·es, a été un adieu intense et inoubliable, une vraie conclusion à un projet qui a marqué nos vies à jamais.

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